Deux journées pour mesurer le chemin parcouru : retour sur le séminaire final de capitalisation du projet Palestine
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Les 29 et 30 mai 2026, plus de 100 partenaires palestinien·nes et français·es se sont retrouvé·es à Pantin pour le séminaire final de capitalisation du projet « Pour le développement des politiques sportives pour toutes et tous en Palestine », soutenu par l’AFD. Deux journées pour partager les expériences et surtout mesurer le chemin parcouru.

Pour ce temps fort, la FSGT a pu compter sur la présence de nombreux·ses partenaires qui font vivre cette coopération depuis plusieurs années. Côté français, des élues et représentant·es des collectivités de Strasbourg, Stains, Vitry-sur-Seine, Grigny, Allonnes, et de la FSGT 93, entre autres. Côté palestinien, des élus, représentant·es et animateur.ices des collectivités et des camps de Tulkarem, Qalqilya, New Askar, Battir, Jéricho, Al Amari, Aida et Bethléem étaient présent·es. Le ministère palestinien de l’Éducation était également largement représenté, notamment par son porte-parole et par la Directrice générale du Département de l’éducation scolaire et de la supervision, aux côtés de plusieurs professeur·es d’EPS.
Les formateur·rices bénévoles de la FSGT impliqué·es dans les deux axes du projet, le COPIL, les équipes de la FSGT en Palestine et en France, dont le co-président, des chercheur·ses du SPOTS et du CREN, des représentant.es du CNOSF ainsi que d’autres collectivités et organisations de la société civile ont également pris part à ces deux journées.
La traduction simultanée assurée par deux interprètes a permis aux échanges de circuler avec fluidité entre les participant·es français·es et palestinien·nes. Une place importante a été donnée à la parole des partenaires palestinien·nes, afin qu’iels puissent raconter directement leur expérience, les transformations produites par le projet et ce qu’iels construisent aujourd’hui dans leurs territoires.
29 mai : le sport comme outil d’émancipation et de transformation des territoires
La première journée a d’abord permis de revenir sur l’évolution des pratiques d’animation et l’accès au sport pour toutes et tous. Depuis le lancement du projet, plus de 150 animateur·rices sportif·ves palestinien·nes ont été formé·es. Certain·es sont aujourd’hui devenu·es à leur tour formateur·rices et transmettent les méthodes et pratiques acquises à de nouvelles générations d’animateur·rices. Plus de 2 000 enfants bénéficient aujourd’hui des activités sportives développées dans les territoires partenaires.
Les témoignages de formateur·rices et d’animateur·rices palestinien·nes et français·es ont montré comment les formations, les échanges et les mobilités ont fait évoluer les manières d’animer et de penser la pratique sportive.
À Aida, Dania Jawabra a notamment témoigné du développement de la pratique sportive féminine et du rôle des 20 femmes aujourd’hui formées comme animatrices sportives dans le camp. À New Askar, Saleh Abusaleh a présenté le développement des pratiques partagées dans le camp. Des échanges avec les autres territoires partenaires ont permis de montrer que, partout, l’enjeu est le même : rendre le sport davantage accessible, tout en composant avec des contraintes fortes de manque d’espaces et les réalités de l’occupation, des incursions et des restrictions de déplacement.
Une autre séquence a porté sur les effets des 10 projets de coopération entre les collectivités françaises et palestiniennes sur leurs politiques sportives. Les témoignages ont illustré les évolutions concrètes : développement d’activités gratuites et ouvertes à toutes et tous, mobilisation des associations et des habitant·es, structuration de dynamiques sportives locales et réflexion sur des politiques sportives plus inclusives.
La journée a ensuite mis en lumière la structuration d’un réseau palestinien d’animateur·rices et de formateur·rices « sport pour toutes et tous ». Les animateur.ices d’Al Amari, de Jericho et de Qalqilya ont raconté les rencontres interterritoriales, festivals, tournois et camps qui ont permis de créer des liens entre les différents territoires malgré l’occupation. Avec les formateurs Yousef Mabrouk, de Tulkarem, et Saleh Abusaleh, de New Askar, les échanges ont également montré la montée en compétences des formateur·rices palestinien·nes et leur capacité croissante à transmettre eux-mêmes les méthodes acquises. La certification et la formation de formateur·rices apparaissent aujourd’hui comme des leviers essentiels pour renforcer l’autonomie de ce réseau.
C’est sans doute l’un des résultats les plus importants de ces années de coopération. Le projet avait l’ambition de contribuer à faire émerger des agent·es de développement du sport pour toutes et tous. À les entendre témoigner, cette ambition est devenue une réalité.
La question de la réciprocité a enfin été au cœur de la dernière séquence. Les participant·es ont travaillé sur les effets du projet en Palestine comme en France, avant une mise à distance proposée par les chercheur·ses du collectif SPOTS. Les échanges ont montré combien les mobilités et les rencontres ont également transformé les pratiques professionnelles et les représentations des acteur·rices français·es.
30 mai : construire une EPS de qualité en Palestine
La deuxième journée était consacrée au deuxième axe majeur du projet : le développement d’une éducation physique et sportive de qualité en Palestine.
Là encore, les chiffres témoignent du chemin parcouru : 63 formateur·rices palestinien·nes ont été formé·es, ainsi que 40 enseignant·es du primaire et plus de 450 professeur·es et superviseur·es d’EPS. Plus de 30 000 enfants bénéficient des activités du projet.
Une première table ronde a croisé les regards du ministère palestinien de l’Éducation et des professeur·es d’EPS sur les effets du projet. Les échanges ont notamment montré l’évolution des pratiques pédagogiques, une meilleure prise en compte de l’inclusion et la volonté d’inscrire l’EPS comme une composante à part entière du parcours éducatif des élèves.
Une deuxième séquence a permis de revenir collectivement sur ce que signifie aujourd’hui « une EPS de qualité » en Palestine. Les participant·es ont insisté sur une EPS qui contribue au développement global des enfants, à leur autonomie, à leur socialisation et à leur capacité à trouver leur place dans le collectif. Le travail engagé avec le ministère a notamment permis la production d’un Guide de l’EPS et d’une Charte pour une EPS de qualité en Palestine, destinés à inscrire ces acquis dans la durée.
La présentation de la recherche collaborative entre sept universités palestiniennes et trois universités françaises a enfin illustré une autre dimension importante de la coopération : la capacité à construire les savoirs ensemble. Là encore, l’enjeu est progressivement passé de la transmission de savoirs et d’outils à une démarche dans laquelle les chercheur·ses et professionnel·les palestinien·nes prennent pleinement part à la production des connaissances.

La journée s’est conclue par un temps consacré aux perspectives. Les participant·es ont notamment identifié la nécessité de renforcer et d’élargir le réseau palestinien des professionnel·les du sport, de poursuivre le développement des académies de formation en EPS, de multiplier les formations de formateur·rices, de valoriser les compétences acquises et de maintenir les mobilités et les échanges internationaux.
Une étape qui en appelle d’autres
Au terme de ces deux journées, ce qui ressort n’est pas seulement une liste de résultats. C’est une dynamique humaine et collective construite au fil des années.
Il y avait quelque chose de particulièrement fort à entendre les partenaires palestinien·nes raconter ce qu’ielles font aujourd’hui : dans les camps, les villes, les écoles et les collectivités. À travers leurs témoignages, on pouvait mesurer comment une dynamique initiée il y a plusieurs années s’est progressivement transformée en une capacité collective à agir, à transmettre et à développer le sport pour toutes et tous en Palestine.
La coopération prend tout son sens lorsqu’elle permet à chacun·e de devenir davantage capable d’agir sur son propre environnement et de contribuer à le transformer.
Après trois phases, cette dynamique est désormais largement portée en Palestine par celles et ceux qui l’ont construite. Le séminaire de capitalisation a ainsi permis de clôturer une étape, mais surtout de regarder collectivement vers la suite et de continuer à construire, ensemble, les conditions d’un sport émancipateur et accessible à toutes et tous.



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